Ce 20 septembre, vingt mois après la mort tragique de Thomas Perotto, 16 ans, poignardé lors du bal d’hiver de Crépol le 19 novembre 2023, l’enquête judiciaire marque une étape cruciale mais inédite. Au palais de justice de Valence, une reconstitution numérique des faits se déroule depuis le 22 septembre et se poursuivra jusqu’au 3 octobre. Cette procédure, exceptionnelle par son ampleur et son recours aux technologies 3D, vise à clarifier les circonstances exactes du drame et surtout à identifier l’auteur du coup de couteau mortel.
L’opération, pilotée par les deux juges d’instruction en charge du dossier, réunit les quatorze personnes mises en examen – pour homicide volontaire et tentatives d’homicide en bande organisée – ainsi que des témoins et parties civiles. Au lieu de revenir sur place à Crépol, les magistrats ont opté pour un environnement virtuel sécurisé au tribunal, évitant ainsi de perturber le village et de poser des risques sécuritaires majeurs. L’objectif principal reste clair : reconstituer les mouvements, les positions et les gestes de chacun cette nuit-là, pour tenter de déterminer qui a porté le coup fatal parmi les assaillants.
Une enquête toujours bloquée sur l’identité du meurtrier
Malgré plus de 350 auditions, des expertises multiples et l’interpellation de quatorze suspects (dont certains mineurs au moment des faits), l’auteur précis du coup de couteau qui a ôté la vie à Thomas n’a pas été formellement identifié. Cette reconstitution numérique, qualifiée d’inédite en France par son envergure, espère lever le voile sur ce point central. Les participants revivent la scène via des modélisations 3D de la salle des fêtes et des abords, en donnant leur version des faits devant les magistrats.
Le choix du format numérique s’explique par des impératifs de sécurité et logistiques : une reconstitution physique à Crépol aurait mobilisé des forces importantes et risqué de raviver des tensions locales. Les juges ont donc privilégié cette solution innovante pour « figer » les éléments sans exposer le village à une nouvelle paralysie.
Un symbole persistant de tensions et d’attente de justice
Le drame de Crépol, survenu lors d’une soirée festive qui avait réuni environ 450 personnes, avait fait vingt blessés dont plusieurs graves, et avait rapidement pris une dimension politique et sociétale. La famille de Thomas, soutenue par de nombreuses voix, continue d’exiger la vérité pleine et entière. Cette reconstitution, qui se déroule en huis clos au tribunal de Valence, représente un espoir pour les parties civiles de faire avancer l’enquête vers un procès.
Pour l’instant, aucun élément décisif n’a filtré sur une identification imminente du meurtrier. Les avocats des mis en examen comme ceux des victimes attendent les conclusions de ces deux semaines intenses pour évaluer si cette étape permettra enfin de sortir de l’impasse. L’affaire Crépol reste l’un des dossiers les plus sensibles et suivis de ces dernières années en France, illustrant les défis posés par des violences collectives en milieu rural et la difficulté à percer la loi du silence.