Ce 23 septembre, la Cour des comptes publie un rapport sévère sur la gestion de France Télévisions pour la période 2017-2024. L’institution alerte sur une situation financière critique qui rend indispensables des réformes structurelles immédiates au sein du groupe audiovisuel public.
Malgré des avancées reconnues – comme le leadership en audiences, la première place comme source d’information des Français et des efforts de rationalisation (réduction de 15 % des charges d’exploitation et baisse de 12 % des effectifs sur dix ans) –, les magistrats dressent un constat alarmant. Le déficit net cumulé s’élève à environ 80-81 millions d’euros sur la période, avec une érosion massive de la trésorerie et une chute des capitaux propres de près de 40 % (de 294 millions en 2017 à 179 millions en 2024). Pour 2025, le budget adopté prévoit déjà un déficit de 40 millions d’euros, confirmant l’impasse actuelle.
Des causes multiples et structurelles
La Cour pointe plusieurs facteurs aggravants. D’abord, un cadrage budgétaire instable de la part de l’État et des parlementaires : les orientations ont été contradictoires en 2023 et 2024, et aucun nouveau contrat d’objectifs et de moyens n’a été conclu depuis fin 2023. Les dotations publiques, qui représentent environ 80 % des ressources, ont stagné ou légèrement baissé en euros courants sur dix ans, malgré l’inflation et l’élargissement des missions (notamment le virage numérique). Ensuite, des rigidités internes persistent : charges de personnel et de fonctionnement élevées, investissements lourds dans le numérique, et une gestion des ressources humaines jugée peu flexible.
Les magistrats insistent : « la dynamique des charges de personnel et de fonctionnement ainsi que le poids des investissements nécessaires notamment dans le numérique rendent aujourd’hui inéluctables » des changements dans le groupe. Sans augmentation probable des concours publics dans le contexte des finances de l’État, la survie de l’entreprise passe par des réformes profondes et rapides.
Réactions et perspectives
France Télévisions, présidée par Delphine Ernotte Cunci, reconnaît la gravité de la situation et souscrit aux constats de la Cour, tout en rappelant les alertes répétées du groupe sur son modèle économique. La direction met en avant les transformations déjà engagées et appelle à une clarification urgente de la trajectoire financière par l’État actionnaire.
Ce rapport intervient dans un climat tendu pour l’audiovisuel public : pressions budgétaires, débats sur la redevance (supprimée en 2022 et remplacée par un financement budgétaire), concurrence des plateformes numériques et critiques politiques récurrentes. La Cour recommande explicitement que l’État fixe « une trajectoire financière réaliste » et renégocie rapidement le grand accord social pour favoriser la polyvalence et réduire les rigidités.